Je suis né comme ça. Avec de l’air dans les poumons, la lumière du ciel dans les yeux, des nuages plein la tête et des avions dans le cœur.

Je n’ai pas le souvenir d’avoir eu des voitures mais que des avions. Ma mère a tendance à dire que mes premiers dessins étaient des avions.
Le père noël avait la tâche facile avec moi. C’était Boeing, Airbus et Concorde téléguidés avec les piles qui s’usent toujours trop vite.
A l’école, je jouais à l’avion. J’ai toujours pensé “avion”. Tous mes choix dans ma jeunesse, mon cursus scolaire, tout a toujours été dédié à l’aviation.TOUT a été choisi en fonction de ce métier. Je ne me souviens plus à quel âge j’ai voulu le devenir. Je sais que j’étais fasciné par les hôtesses de l’air. Elles étaient là pour faire plaisir aux gens. Un métier où tu dois juste être agréable, et tenter de faire plaisir aux passagers.
Je pense que beaucoup de mes collègues se retrouvent dans mes mots (ou pas). Je n’ai jamais voulu faire ce métier comme ça; pour les voyages et les beaux hôtels. Non j’ai toujours voulu exercer cette profession pour prendre soin des gens à bord d’un Boeing 747.
A l’école hôtelière où j’étudiais, il y avait un coussin que ma prof Melle Arsens utilisait de temps à autre pour caler son dos. Lorsque j’ai su que c’était un coussin d’Air France, je l’ai volé en fin d’année. Il trônait sur mon lit tel un Trophée.
Je suis né quelque part dans ma vie lorsque je suis devenu steward.

Je suis le héros de l’enfant que j’ai été, du rêve que j’ai fait. L’idole de mes envies, la réalité de mon fantasme.

Je suis le héros de la passagère anxieuse en avion, celui du couple séparé par une borne d’enregistrement, celui de la dame du siège 22C qui, amputée par Alzheimer, ne saura bientôt plus qui elle a été. Je suis le conquérant qui calme l’enfant qui n’arrive pas à s’endormir.

Je suis celui qui transporte le rêves dans sa valise, le voyage dans le courant d’air de ses pas. Mais aussi le naïf du collègue qui n’a sans doute jamais aimé son métier, je suis l’idiot de celle qui s’est trompée de voie professionnelle, de celui qui est devenu aveugle de la vie, de ceux qui ne voient plus les nuages et les étoiles, les fleurs et la pelouse, l’arbre et l’arc-en-ciel.
Je ne suis pas la victime de ce que je ne suis pas, de ce que serai jamais. Je suis à ma place. Je ne me suis pas assis à côté de mes désirs sur le mauvais siège. Je sais quelle heure il est dans ma tête.
Les étoiles scintilleront encore ce soir et je repenserai au Dalaï Lama que j’ai croisé à Mexico, de mon échange au dessus de l’atlantique avec Kofi Annan, de la tombe de Martin Luther King à Atlanta, des arbres millénaires à San Francisco, de la communion des peuples venus du monde entier célébrer Mandela, de ma discussion avec les chemises rouges en Thaïlande, de la beauté du Cap de bon Espérance, des pyramides égyptiennes ou mexicaines, de mon ascension au Machu Pichu, du coucher de soleil sur la plage d’Ipanema à Rio, des moutons que j’ai compté face à la baie de Hong Kong, de la force époustouflante du fleuve zaïre, des baleines à Lomé, des orques à Vancouver, du temps que je passe avec les orphelins de Delhi où les sdf de Bombay, du Taj Mahal qui est une pure merveille, du concert de Stromaë au Madison Square Garden à New York, des aurores boréale au dessus du pôle nord, de ma longue ballade sur la muraille de Chine…etc…etc…J’ai vécu mille vies tout en poursuivant le tracé de la mienne. Je suis né plus d’une fois, et mort par instant…Mais je vis tout le temps….
Je suis devenu le privilège de mes désirs, le gâté de mes envies. Les heures de nuit à l’usine, les heures de ménages, les cents pas au Mac Donald’s, tout ce passé me permet de me délecter de ce présent. Je ne veux pas mourir mais j’ai moins peur de la mort, puisque dès lors qu’une vie est un rêve devenue réalité, vous êtes quelque part immortel telles les étoiles dans la nuit.

Vous brillez de vos sens et de vos vœux.

Je suis le fan de ma vie, le héros de mes rêves, je suis (du verbe être) mon chemin. Je suis ma vérité. Je suis moi-même et pas les autres.
Je suis Teddy, Steward à AIR FRANCE.
” Regarder la vie en face. Toujours regarder la vie en face et la reconnaître pour ce qu’elle est. Enfin la connaître pour ce qu’elle est. L’aimer pour ce qu’elle est ,
et puis la mettre derrière soi. Toujours les années entre nous, toujours les années, toujours l’amour, toujours les heures…’’
( V. Woolf ).

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